La Région wallonne réclame la fermeture des carrières de Maffle à la suite des plaintes de deux riverains concernant des nuisances sonores. © coralie cardon.
Les carrières de Maffle sont un des derniers centres de taille de pierres encore en fonctionnement. Exploitée depuis 1888, les carrières ont été revendue en 1993 par la famille Gain-Bougard. Mais le nouveau propriétaire, n’arrivant pas à faire face à ses importants investissements a mis la clé sous la porte en juillet 2000.
« J’ai donc fait une proposition de reprise et le temps de rassembler les capitaux, une nouvelle société a été créée le 26 mars 2002 », explique Yves Crombé, l’actuel patron. Et ce dernier a le sens des affaires (il exploite une autre entreprise du genre à Bruxelles) puisqu’en misant sur l’exportation, il développe considérablement son usine. « Nous avons très vite atteint les 3,5 millions de chiffre d’affaires annuel et cette année, nous visons même les 3,7 millions d’euros. »
De 5 salariés en 2000, les carrières occupent aujourd’hui 30 ouvriers. « Et nous avons assez de travail pour quarante personnes », assure le directeur qui a déjà investi près de 5 millions d’euros à Maffle notamment pour passer à l’automatisation des machines de découpe.
Mais la petite entreprise qui ne connaît pas la crise est aujourd’hui menacée de fermeture. En cause ? Le non-respect du permis unique délivré en 2004 en termes de bruit et d’horaires d’exploitation. Yves Crombé comparaissait à ce sujet ce mardi devant le tribunal correctionnel de Tournai, en tant que prévenu.
Le dossier a été ouvert suite aux nombreuses plaintes de la voisine directe du site qui n’est autre que la fille de l’ancien propriétaire qui a revendu la scierie en 1993. « Et bien sûr, il n’y a jamais eu de plaintes avant mon arrivée, insiste Yves Crombé. La plaignante n’a pas supporté que je ne lui rachète pas sa maison au prix exorbitant qu’elle demandait. »
Zone d’habitat
La plaignante a été rejointe mardi par deux autres riverains du site expliquant que le bruit a considérablement augmenté avec l’accroissement de l’activité du site. Tous réclament simplement le respect du permis unique en termes de bruit, à savoir maximum 55 décibels. « Autant dire impossible, rétorque Yves Crombé. C’est moins qu’une tondeuse à gazon ! » Seulement voilà, aussi étrange que cela puisse paraître, la scierie est installée dans une zone d’habitat où les normes sont plus strictes. « Et ça, je ne le savais pas avant d’acheter. », grogne le directeur.
Quant aux dépassements d’horaires, le gérant dispose depuis peu d’une dérogation de la ville d’Ath lui permettant d’exploiter le site jusque 22 h en semaine au lieu des 19 h prévus dans le permis unique. « Cette dérogation ne peut qu’être temporaire selon le permis, a expliqué l’avocat de la plaignante. La Ville d’Ath ne pourra pas la prolonger indéfiniment. »
Or, pour Yves Crombé, il s’agit là d’une question de survie. « Si nous voulons être compétitifs, les pierres doivent être prêtes le matin à l’arrivée des ouvriers. »
La voisine justifie son action par le cauchemar qu’elle vit au quotidien et la dépréciation de sa maison. « Jusque-là, la taille de la pierre se faisait à la main et était donc beaucoup moins bruyante, a expliqué son avocat. Mais que les choses soient claires : nous ne demandons pas la fermeture de la société, juste le respect du permis. »
La Région wallonne a quant à elle réclamé la cessation définitive de l’activité de la scierie à la stupeur générale des ouvriers présents dans la salle d’audience. « Nous demandons également 5.000 euros d’astreintes par jour d’exploitation. »
Le ministère public, plus clément, a proposé qu’une amende dissuasive de 50.000 euros soit infligée à la scierie. « Les autres entreprises doivent respecter leur permis. Si celle-ci ne le fait pas, il s’agit d’une concurrence déloyale. Je ne suis pas opposé à un sursis qui constituerait une épée de Damoclès incitant le gérant à se mettre en ordre. »
La défense a quant à elle rétorqué que 537.000 euros de travaux d’insonorisation avaient déjà été réalisés. « Seules deux personnes se plaignent dans tout le village ! » Le verdict sera rendu le 15 septembre. »